Dans un contexte toujours marqué par une faible inflation, le présent flash s’interroge sur les liens entre la démographie et la progression des prix.

1 . Structure de consommation par âge : de réels écarts

Régulièrement analysée en raison de son impact sur la croissance économique, la consommation des ménages agrège dans un ensemble comptable des situations hétérogènes dépendant du revenu des ménages, de leurs préférences… Sur la question de l’âge, la dernière enquête d’Eurostat montre une structure qui varie selon la catégorie dans laquelle se trouve chaque consommateur : ainsi, les parts de l’alimentaire, du logement et des frais associés et de la santé sont une fonction croissante de l’âge ; en revanche, l’habillement, les transports et les autres dépenses sont une fonction décroissante de l’âge.

2 . Un indice des prix par âge : le cas de la France

A partir de la structure de consommation déterminée pour chaque catégorie (âge, niveau de vie, composition du ménage…), les statisticiens publics sont en mesure de déterminer un indice de prix adapté.

Au cours de la période 1998-2015 (hausse globale des prix de 27,9 %), les calculs de l’INSEE font apparaître que les ménages dont la personne de référence avait de 30 à 44 ans (+ 1,1 point en cumul) et ceux de 75 ans et plus (+ 0,7 point en cumul) ont connu une inflation légèrement plus forte que la moyenne, tandis que les autres catégories ont vu les prix progresser moins rapidement. Ces évolutions différenciées relèvent de profils de consommation distincts : en particulier, les deux catégories aux prix plus dynamiques que la moyenne ont été confrontées à l’accélération des « biens et services divers » (petite enfance, soins personnels, assurances et services financiers : + 42,2 %) et, pour les plus âgés, à la forte hausse du logement et des frais associés (eau, gaz : 53 %). En revanche, les moins de 30 ans auraient bénéficié de la nette baisse du prix des communications, tout comme les tranches 45-59 et 60-74 ans auraient bénéficié des baisses de prix observées sur les postes de consommation associés aux loisirs et à la culture.

3 . Participation accrue des seniors au marché du travail : un effet désinflationniste ?

Depuis une vingtaine d’années, le taux d’activité des seniors (55-64 ans) a connu une forte progression en Europe : avec la montée en puissance des réformes des retraites, plus d’un senior sur deux appartient désormais à la population active (7 sur 10 en Allemagne). Dans un article récent [1] , Mojon et Ragot s’interrogent sur le lien entre cette évolution et la faiblesse de l’inflation (notamment salariale) post-Grande récession. Pour les auteurs, ce choc d’offre de travail pourrait avoir freiné les rémunérations en raison de comportements spécifiques à cette tranche d’âge : une hypothèse parfois avancée est que les 55-64 ans privilégieraient la stabilité de l’emploi aux évolutions salariales afin de sécuriser leur retraite future. Du point de vue du marché du travail, le raccourcissement de l’horizon professionnel à l’approche de la retraite aurait pour effet de réduire les options alternatives pour les seniors en emploi (modèle du « cycle de vie » de Mortensen et Pissarides). Les résultats de l’analyse économétrique mettent en évidence un effet statistique négatif de la participation des seniors sur la dynamique salariale, même si cet effet est très inférieur aux déterminants usuels (inflation passée, croissance de la productivité, taux de chômage). Dans cette analyse, la « courbe de Phillips » (relation empirique qui lie inflation et chômage) serait donc « bien vivante ».

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Phénomène au long cours, le vieillissement de la population européenne reflète la combinaison de la baisse de la croissance de la population active et de la hausse de l’espérance de vie. Potentiellement puissants, ses effets sur les décisions économiques (consommation, épargne) attirent d’ores et déjà l’attention des autorités monétaires, toujours confrontées à une inflation qui demeure inférieure à leur objectif. Si la littérature économique ne produit pas de résultats définitifs quant à l’impact du vieillissement sur la dynamique des prix (certaines études concluent même au fait que le vieillissement accroîtrait les pressions inflationnistes), elle éclaire un débat fondamental pour la macroéconomie moderne, au même titre que les questionnements autour de l’impact des nouvelles technologies et les chaînes de valeur mondiales.

[1] The labor supply of baby-boomers and low-flation”, Mojon et Ragot, Sciences Po-OFCE Working paper n° 09, 2018/01.