Le présent flash se penche sur les évolutions récentes de la valeur ajoutée et son partage, avec un éclairage spécifique sur la dynamique des marges des entreprises.

1.  Partage de la valeur ajoutée : un début de redressement de la part du capital

Depuis plus d’un demi-siècle, la valeur ajoutée des sociétés non financières (SNF) se ventile en approximativement deux tiers de rémunération du travail et un tiers de rémunération du capital [1] .  L’évolution du partage suit logiquement celle de la conjoncture : lors de la dernière crise, la nette baisse de la part du capital s’explique par une évolution défavorable des profits (-10 % en 2009, nouveau repli en 2012 puis croissance nulle en 2013) par rapport à celle des salaires (- 1 % en 2009 puis + 2,2 % en moyenne entre 2010 et 2016). Depuis le point bas de 2013, la part des profits est en voie de redressement : l’excédent brut d’exploitation (EBE) a ainsi progressé deux fois plus vite que la valeur ajoutée en 2014 (+ 2,7 % vs + 1,3 %) et trois plus vite en 2015 (+ 7,9 % vs + 2,6 %) avant de croître au même rythme en 2016 (+ 2,2 %).

2.  L’impact du CICE sur les marges des entreprises : un effet réel mais ponctuel…

Entré en vigueur en 2013, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) à destination des entreprises avait pour objectif « le financement de l’amélioration de leur compétitivité, à travers notamment des efforts en matière d’investissement, de recherche, d’innovation, de formation, de recrutement (…) » (article 66 de la loi de finances rectificative pour 2012). Si l’impact économique global du CICE fait débat, notamment en matière de créations d’emploi (cf. par exemple le rapport France Stratégie d’octobre 2017), on s’intéresse ici aux conséquences du dispositif sur l’EBE et le taux de marge (EBE/valeur ajoutée) des entreprises. En effet, traité par les comptables nationaux comme une « subvention sur les rémunérations », le CICE a un effet positif sur l’EBE et, partant, sur le taux de marge. Compte tenu de son impact décalé dans le temps, le dispositif a relevé l’EBE en 2014 (taux de 4 %) et en 2015 (passage à 6 %). Une analyse détaillée du compte des SNF fait apparaître que le CICE a eu chaque année un impact conséquent sur les marges des entreprises (+ 0,8 point en 2014 et + 0,7 point en 2015). En son absence, le taux de marge aurait reculé de 0,3 point la première année, contre une hausse observée de 0,5 point. En 2015, il expliquerait 40 % de la hausse constatée, les coûts ayant par ailleurs été contenus cette année-là par la mise en place du « pacte de responsabilité et de solidarité ».

3.  … qui ne doit pas masquer l’enjeu principal pour les entreprises

A 31,9 % en 2016, le taux de marge des SNF s’est redressé de 2 points par rapport au creux de 2013. Il reste toutefois inférieur de 1,5 point au niveau d’avant-crise (2007) et près d’un point en dessous de la moyenne depuis le milieu des années 80. Sa remontée depuis 2014 tient à la combinaison de deux effets favorables : d’une part, la baisse du cours du baril de pétrole et, d’autre part, la mise en place des mesures de politique économique (CICE, « pacte »). En effet, la croissance plus rapide des salaires réels par rapport à la productivité a joué négativement sur le taux de marge : en l’absence des deux éléments qui précèdent, ce dernier se serait donc dégradé au cours des années récentes.

Après s’être sensiblement déformé en faveur de la rémunération du travail au moment de la Grande
récession, le partage de la valeur ajoutée française est en voie de rééquilibrage depuis deux ans. Alimentant la reprise en cours, le redressement des marges des entreprises est une nouvelle favorable pour leurs anticipations (investissement en particulier). Largement soutenu dans un premier temps par des facteurs exogènes et ponctuels (prix de l’énergie, mesures de réduction des prélèvements), elles semblent toutefois atteindre un palier, qui pourrait bien vite devenir un plafond. Afin de le dépasser, une croissance plus rapide de la productivité par rapport aux salaires réels sera nécessaire : d’un point de vue macroéconomique, cette baisse des coûts salariaux unitaires permettrait par ailleurs de renforcer la compétitivité-coût de l’économie française.

[1] La part des « salaires » rapporte à la valeur ajoutée les agrégats D11 (salaires et traitement bruts) et D12 (cotisations sociales). La part des « profits » rapporte à la valeur ajoutée les agrégats B2 (excédent brut d’exploitation), D29 (impôts sur la production) et D39 (autres subventions sur la production).