Après le flash sur la dette publique (voir note du 2 juin), la présente édition propose trois regards sur la dette des ménages et des entreprises en Europe.

1.  Dette « privée » (I) : définition et principales évolutions

Au sens de la comptabilité nationale, la dette privée est la somme des prêts accordés aux ménages et aux sociétés non financières (SNF), nets des prêts intra-sectoriels, et des titres émis par les SNF. Rapportée au PIB, elle varie fortement selon le pays européen considéré (de 50 % à 350 % du PIB). En termes de dynamique, la dette privée a augmenté entre 1999 et 2007 avant de refluer légèrement au niveau agrégé depuis la crise, ceci masquant là aussi des disparités à l’intérieur de la zone € (endettement continu en France, désendettement continu en Allemagne, profil espagnol en « U inversé » …).

 

2.  Dette « privée » (II) : le partage entreprises/ménages

Au sein de la dette privée, il est nécessaire de distinguer ce qui relève de chacun des deux grandes catégories d’acteurs que sont les ménages et les entreprises.

Dans la plupart des pays, la dette privée est majoritairement le fait des entreprises. Alors que le financement de l’économie européenne transite surtout par le canal bancaire, les prêts aux SNF devancent de loin les émissions de titres de dette. Pour les ménages, les prêts de long terme (i.e. dont la durée est supérieure à un an) représentent l’essentiel de l’endettement. Dans la ventilation ménages/entreprises, trois pays font exception : l’Allemagne, où l’endettement des ménages est supérieur à celui des entreprises ; la Grèce et les Pays-Bas, où il est réparti en deux moitiés à peu près égales.

3.  Une nette réduction des intérêts payés depuis la crise

Elément indissociable de tout processus d’endettement, la charge des intérêts payés est surveillée de près par les acteurs économiques. Rapportée à un indicateur de revenu (par exemple, le revenu disponible brut pour les ménages et l’excédent brut d’exploitation, EBE, pour les entreprises), elle donne une mesure du degré de contrainte financière à court terme. Depuis la création de l’euro, ce ratio de contrainte financière a connu deux phases : la période 1999-2008, où il a fluctué selon les années ; la période s’ouvrant à compter de 2009, avec une très nette tendance baissière sous l’effet de la baisse des taux d’intérêt. Ainsi, la part des intérêts dans le revenu disponible brut des ménages est passée de 4 % en 2008 à moins de 1 % en 2016 ; pour les entreprises, la part des intérêts dans l’EBE a été divisée par près de 3, passant de 20 % à 6,6 % au cours de la même période. Ces moyennes masquent une hétérogénéité entre les pays qui reste significative, en particulier en ce qui concerne les entreprises confrontées à des « primes de risque » différentes selon leur Etat de résidence (question de la « fragmentation financière », cf. flash du 28 novembre 2014). La réduction des intérêts payés depuis 2009 a soutenu le désendettement observé dans plusieurs pays, même si la nature de ce dernier a également varié au sein de l’union monétaire : en effet, le désendettement peut être obtenu par une baisse nominale de la dette (comme ce fut le cas, par exemple, en Grèce, en Espagne et au Portugal), une hausse de la richesse nationale (Allemagne, Irlande) ou une combinaison des deux (Italie, Pays-Bas) [1] .

Longtemps relégué au second plan derrière la question de la dette publique, l’enjeu de l’endettement privé est apparu au grand jour lors de la Grande récession. En Europe, l’éclatement de bulles spéculatives (Espagne, Irlande) a causé des dégâts majeurs, incitant la Commission européenne à élargir la surveillance économique à l’ensemble des déséquilibres (création de la « procédure de déséquilibres macroéconomiques » en 2011). Au sein des déséquilibres internes, les indicateurs d’endettement privé (dette des acteurs privés, flux de crédit) figurent ainsi au même niveau que ceux relatifs au taux de chômage et à la dette publique. Il s’agit là d’une avancée tant la soutenabilité de l’endettement (qu’il soit public ou privé) doit être assurée à tout moment. Evaluées à plus de 900Md€ sur l’ensemble de la zone euro, les créances douteuses détenues par les institutions financières font figure de sujet à traiter de façon prioritaire pour améliorer la transmission de la politique monétaire et le financement de l’économie.

[1] Voir « Private sector indebtedness and deleveraging in the euro area countries », ECB Economic Bulletin, 4/2017.